Le p’tit mot de l’Aumônier – Février 2020

“Droit à la différence !  »

Je me risque à un édito plus politique dans le sens de la recherche du vivre ensemble. Voilà ce que les catholiques en France commencent à demander, incroyable. Et pourtant rien de nouveau, l’histoire de notre pays en témoigne et elle est à connaître. Pour cela, je prends comme point de départ l’histoire de mon diocèse : Angers, “l’Anjou”.

Pour commencer, je voudrais évoquer le « génocide » des vendéens avec par exemple les 99 Martyrs d’Angers : des hommes, femmes et enfants, laïcs pour la plupart, fusillés pour leur foi en Jésus en 1794 (ndlr: ils furent béatifiés par Jean-Paul II en 1984, lire ici). Puis, je souhaiterais évoquer avec vous les stigmates que garde encore une des portes de l’abbatiale Saint Serge à Angers. Ce coup de hache témoigne de la violence connue au moment de la confiscation des biens de l’Église, ainsi que de cette période où l’ensemble des religieux de France furent expulsés. En Anjou, nous avions aussi cette grande tradition de la Fête Dieu. Le Saint Sacrement est exposé. Les militaires catholiques s’agenouillaient devant lui. Ils étaient ainsi repérés et arrêtés car reconnus comme catholiques sous la 3e République.

Aumônier à l’université catholique d’Angers pendant 6 ans, j’ai enfin pu constater les multiples tracas imposés à cette université aussi bien aux professeurs de notre institution, non invités à des colloques universitaires parce que profs à la catho (heureusement, ils étaient conviés par leur collègues étrangers !) qu’aux étudiants lésés car ils ne pouvaient bénéficier d’aides financières complètes en tant qu’étudiants à la catho (nous devions alors faire appel à des commissions européennes pour faire valoir leurs droits !).

En racontant ces faits divers, je n’oublie pas que l’Église n’a pas toujours été fidèle à Celui qui l’a fondée dans son sens du débat et de la tolérance.

Cependant je regrette aujourd’hui que, d’une manière organisée, la « pensée unique » imposée empêche de débattre et de dialoguer. Dès que l’on est d’un avis contraire, on est très souvent qualifié au sein de sa famille, par les collègues ou les médias de «réac» et de «facho». Tout est dit. Intéressant de lire les divers articles du journal satirique Charlie Hebdo «Nouvelles censures: nouvelles dictatures» daté du 7 janvier 2020, un spécial «5 ans après». Or, ces censeurs rejettent tout débat. Le débat lui-même devient l’objet d’outrage. En témoigne, par exemple, la conférence que devait tenir la philosophe Sylviane Agacinski en octobre dernier à l’université de Bordeaux, annulée suite au communiqué menaçant d’associations étudiantes, qui considéraient qu’on avait le droit de parler de la PMA, mais à condition d’être pour (voir ici et ici). Incroyable d’entendre sur CNews les journalistes présents déplorer que l’ensemble des journalistes pensent tous la même chose (émission L’heure des pros du 7 janvier 2020).

Il est important que vous puissiez échanger avec vos jeunes, en famille, à l’aumônerie, sur la fierté d’être catholique, parler de l’amour de notre pays avec ses racines judéo-chrétiennes.

Laïcs, nous le sommes comme une possibilité de vivre ensemble entre religions et sans religion. Il ne s’agit pas d’exclure, de stigmatiser au risque de voir les communautarismes grandir.

Le rôle de l’Etat n’est-il pas de construire une nation et de veiller au respect de ce qui a constitué les racines d’un pays, d’une culture? Selon moi, il doit être ouvert aux autres idéologies, aux nouveaux courants de pensées religieuses, philosophiques, sociétales, à condition bien sûr qu’ils servent le bien commun.

  » Droit à la différence !  »  Ce droit est aussi un devoir pour les catholiques de se former. C’est la condition ultime si l’on veut être audible auprès de nos concitoyens, des membres de nos familles, de nos amis étudiants, en VIE. Car débattre avec l’autre demande de s’y intéresser, de voir ce qu’il a de meilleur et d’apporter aussi sa contribution.

Catholiques, nous n’avons pas d’abord à justifier notre adhésion à Jésus-Christ mort et ressuscité. C’est par nos engagements dans les débats de société et le service auprès des plus petits que nous pourrons construire une nation.

Pour ceux qui veulent aller plus loin je vous invite à lire la lettre à Diognète qui parle de la condition du chrétien dans le monde. Elle finit par :

“Le poste que Dieu leur a fixé est si beau qu’il ne leur est pas permis de le déserter “.

Père Patrick Portier

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