Le p’tit mot de l’Aumônier – Novembre 2019

Un voile … qui décoiffe

Quand on suit l’actualité du monde avec toutes ses misères et qu’en même temps on voit ici, en Asie, l’énergie et la volonté de croître économiquement, on peut être surpris de voir notre pays dépenser une énergie dans un débat surprenant. Une femme française ou étrangère peut-elle porter ou non un voile sur la tête ?

Si j’ose évoquer cette question, c’est parce qu’il en va aussi de la liberté religieuse dans notre pays. Devant les violences verbales, physiques, il me semble que nous devons – comme pour toutes les questions de société- prendre de la hauteur.

Ayant travaillé cette question comme celle des questions alimentaires, je vous invite à être attentifs à la manière dont nous parlons entre nous de cette question, des questions légitimes que nous pouvons avoir.

Pourtant, je crois bien que notre pays n’est pas adapté à regarder sereinement les questions religieuses qui surgissent chez nous tellement les idéologies sont fortes. Mardi 28 octobre dernier, la mosquée de Bayonne a été attaquée par un homme, un voile arraché de la tête d’une femme.

Avec une forte immigration, la France se trouve aujourd’hui hui avec des Français de confession musulmane. Le voile peut être aussi regardé aussi sous le prisme d’une conséquence de l’immigration. Et puis, souvenons-nous, mon arrière-grand-mère portait un fichu sur la tête, des religieuses portent un voile. Va-t-on demander aux Juifs pieux de ne pas porter la kippa, aux Sikhs leur turbans, aux prêtres et religieux leur habit ? Au nom de quoi ? De qui ? Quels concepts constituent notre Nation aujourd’hui ?

Nous vivons actuellement dans un pays, la Malaisie, dont la religion d‘État est l’islam du courant sunnite .Elle est observée par 55% de la population, vient ensuite le bouddhisme, le taoïsme et le christianisme (8%). Il est interdit aux musulmans de changer de religion , sous peine de sévères châtiments . Comment ne pas parler de toutes ces femmes musulmanes qui portent ou non un voile que nous croisons en ville ou au travail.

Notre pays, la France, est régi par la loi de 1905. Elle était une loi destinée à attaquer le catholicisme et non pas une loi du vivre ensemble : séparation des Eglises et de l’Etat. La République s’est construite face aux Catholiques. La laïcité est la séparation de la gestion de choses temporelles et des choses spirituelles. L’État dans sa manière de gouverner est laïc mais la société ne l’a jamais été donc les gens dans la société ont le droit d’être religieux ou pas.

La question autour du voile est aussi, entre autres, la place de la question de Dieu ou non dans la société, la question de la liberté religieuse, la vôtre. Car s’il y a bien des courants intégristes dans des religions, il existe un intégrisme laïque très fort et puissant dans notre pays. Laissez-moi aussi vous rappeler qu’il y a 4 types de voiles bien différents utilisés dans le monde musulman : le hidjab, le tchador, le niqab et la burqa. Des voiles et beaucoup de confusion.

Les médias, les hommes politiques et certainement nous aussi avons tendance dans leur illustration à confondre les différents types de voile islamique. Ils ne sont pourtant pas porteurs des mêmes symboles :

–  Le hidjab, la forme la plus courante du foulard, est portée par les Musulmanes partout dans le monde. Il couvre les cheveux le cou et parfois les épaules .

    Le tchador essentiellement porté en Iran est cette grande pièce de tissu souvent noir et laisse le visage découvert.

    Le niqab est ce voile intégral qui cache le visage à l’exception des yeux. Il s’est répandu dans les pays du golfe arabo-persique et partout dans le monde sous l’influence de l’islam wahhabite.

    La burqa est essentiellement portée en Afghanistan ; ce vêtement recouvre tout le corps et dissimule les yeux derrière une grille tissée.

Dans notre civilisation judéo-chrétienne voir le visage de l’autre est constitutif d’une relation.

Que dit le Coran du voile : le voile est antérieur au Coran. Dès les Assyriens, 2400 ans avant. JC, la femme libre est obligée de porter le voile sous peine de sanctions. Cette pratique se trouve avec divers degrés d’obligation, chez les Juifs ou les Romains. Le Coran reprend cette pratique et la codifie sans toutefois explicitement préconiser le port du voile. Néanmoins, plusieurs écrits évoquent cette pratique pour les épouses du prophète Mahomet. Je vous invite à aller voir le verset 31 de la sourate 24 mais aussi verset 599 de la sourate 33.

Des propositions faites par des politiques peuvent questionner. Légiférer sur les signes religieux devient souvent une question qui prend une dimension électoraliste. Face aux tensions que traverse la société française, en particulier dans le contexte actuel, proposer des lois pour interdire les signes ostensibles peut s’avérer contre-productif car il s’agit d’un constat d’échec. Cela revient à reconnaître que nous ne sommes pas capables de vivre ensemble en acceptant les différences des uns et des autres. La proposition de légiférer en la matière est en tous les cas le fruit d’une conception de la laïcité selon laquelle la religion doit être cantonnée à la sphère privée. N’est-ce pas une vision réduite de la laïcité qui revient quasiment à une imposition de l’athéisme ? Quelle est la place de la transcendance possible en France ? Qu’est- ce qu’une nation ? Quelle place donner à l’universalisme ?

Et pour nous ici, vais-je prendre le temps de la rencontre, de m’informer, de débattre?

N’est-ce pas une manière de …dévoiler ?

Père Patrick Portier

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